18-03-2025 : Note #8 – manquer d’air
C’est récemment que je m’en suis rendu compte — après 40 ans de gribouillage quotidien, de l’absurdité de créer par habitude. Chaque jour, à ma table à dessin, répéter les mêmes gestes d’ouvrier. L’art n’est pas un travail enligné. Tout comme l’habitude, la reconnaissance, la célébrité, les commandes et les récompenses ne sont que des clous qui finissent par vous percer. Manquer d’air. S’éloigner.
L’oisiveté est une nécessité vitale, un chemin à travers les champs du calme qui nourrit l’être bien plus que mille dessins. Une pause et une rustine pour se réparer. Les crayons fanés.
Les images sont tournées vers l’extérieur. C’est une offrande que l’on fait aux autres, au monde. Écrire, c’est une icône que l’on s’offre à soi-même. Je ne dessinerai plus, certainement. L’absence a créé un vide que j’essaie de combler avec de nouvelles œuvres pleines de lettres alignées – des mots dessinés. Aller plus loin avec l’écriture, plus profond, à l’intérieur de soi, là où les images n’ont jamais pu accéder.
Dessiner à s’en vider, puis écrire pour se remplir – à déborder.